Les flux d’énergie et de carbone anthropiques dans le système agroalimentaire canadien : recadrer les solutions proposées aux changements climatiques

Anthropocène : volume 27, septembre 2019

Par Adekunbi B. Adetona (CESAR, Université de Calgary) et David B. Layzell (CESAR, Université de Calgary)

Les gaz à effet de serre comptabilisés pour les systèmes agricoles tiennent compte des émissions de méthane et d’oxyde nitreux, des émissions de carbone provenant du chaulage et de l’utilisation d’urée, ainsi que des variations de stocks de carbone, mais ignorent les flux bruts d’énergie et de carbone d’origine biologique. Cette étude a compilé des données pour le système agroalimentaire canadien au cours de la période 2010-2013, allant de l’approvisionnement et de l’écoulement des aliments à la transformation des produits agricoles, en passant par l’élevage des animaux et la production de cultures/pâturages. Les données ont été converties en unités d’énergie et de carbone, retracées dans le système agroalimentaire et comparées en termes d’échelle et d’efficacité de conversion avec l’extraction de pétrole brut et la production de produits pétroliers raffinés.

Les résultats ont montré un flux national d’énergie et de carbone provenant de la photosynthèse qui équivaut respectivement à 75 % et 98 % de l’énergie et du carbone provenant des combustibles fossiles dans le pétrole brut produit au Canada. Ces chiffres sont considérables compte tenu du fait que le Canada est un pays connaissant une forte demande de pétrole par habitant et exportant plus de 50 % de sa propre production. Seuls 14 % de l’énergie et du carbone du secteur agroalimentaire sont, respectivement, transformés en produits agroalimentaires, alors que 91 % de l’énergie et du carbone présent dans le pétrole brut sont transformés en produits pétroliers raffinés. La faible efficacité de conversion du système agroalimentaire provient en partie du fait que 40 % de l’énergie et du carbone d’origine biologique sont détournés vers les résidus ou les déchets des cultures et des animaux. Par unité d’énergie présente dans les produits finis, les autres intrants énergétiques (par ex., l’électricité, les combustibles) nécessaires pour soutenir le fonctionnement du système agroalimentaire sont 5,3 fois plus élevés dans celui-ci par rapport au système de production de produits à partir du pétrole brut. Cette étude souligne la nécessité d’élaborer des stratégies pour mieux utiliser les flux d’énergie et de carbone au sein du système agroalimentaire, ce qui permettrait de réduire la consommation d’énergie fossile ainsi que les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités humaines.

Citer ce document:
Adetona AB and Layzell DB, 2019. Anthropogenic energy and carbon flows through Canada’s agri-food system: Reframing climate change solutions, Anthropocene 27 (2019), 100213.