La mobilité comme service, une alternative gagnante à la voiture individuelle

Depuis le début des années 1950, le transport des personnes s’appuie de manière prédominante, dans nos sociétés, sur la voiture individuelle. Cette orientation s’explique, en bonne partie, par la flexibilité et le côté pratique de ce mode de transport. Celui-ci-ci est toutefois loin d’être parfait. Une voiture au Québec coûte en général entre 8000 et 10 000CAD par an, en considérant le coût d’achat du véhicule, la maintenance, l’entretien, le carburant, l’assurance, etc1 . Posséder une voiture pousse à utiliser son véhicule pour tous ses déplacements, même ceux qui peuvent s’effectuer à pied ou à vélo, réduisant ainsi le transport actif avec des répercussions sur la santé. Les familles se retrouvent souvent à se loger en périphérie des centres urbains pour payer leurs logements moins chers, ce qui augmente leurs dépenses en mobilité et les distances qu’elles doivent parcourir vers leurs lieux de travail, les commerces ou les écoles. D’un point de vue collectif, la prédominance de la voiture individuelle comme moyen de transport à d’autres limites. Cela créé des kilomètres d’embouteillages tous les jours aux abords des métropoles, détériore la qualité de l’air, causant des maladies respiratoires, et mène à des émissions de gaz à effet de serre qui participent au réchauffement climatique.

La voiture électrique est souvent citée comme une solution de remplacement à la voiture thermique mais celle-ci n’est une solution qu’au problème de qualité de l’air. Même avec une électricité peu carbonée, comme au Québec, remplacer l’ensemble du parc automobile par des voitures électriques ne sera pas suffisant pour limiter le réchauffement climatique sous la barre des +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, ce qui est l’objectif des accords de Paris sur le climat2 . Pour répondre aux différentes limites du système de mobilité actuel, il faut donc réfléchir de manière plus large que la simple question du véhicule individuel. L’Accélérateur de transition a publié un rapport sur les différentes alternatives à la voiture individuelle qui existent au Québec, qui détaille d’avantage les éléments détaillés ici.

Qu’est-ce que la mobilité comme service?

Pour se déplacer d’un point A à un point B, le meilleur moyen d’effectuer le trajet peut varier selon les personnes. Le critère pour choisir le mode de transport le mieux adapté peut-être la vitesse, l’effort physique, le coût, le nombre de correspondances, etc. Pour une même personne le critère pourra encore être différent selon la longueur du trajet, l’heure de la journée, le nombre de personnes à déplacer, etc. Par exemple, en ville le vélo ou les transports en commun peuvent être aussi rapides que la voiture, moins onéreux et plus simples car ne nécessitent pas de trouver une place de stationnement. Quand on souhaite effectuer de longs déplacements, les bus ou trains peuvent permettre de se déplacer sur de longues distances en se fatiguant moins que de conduire tout du long. Plutôt que d’avoir un mode de transport unique, utilisé pour la majorité des déplacements, il peut être plus intéressant d’avoir accès à plusieurs services et de choisir celui qui convient le mieux à chaque déplacement. La mobilité comme service est l’intégration de ces différentes solutions de transport en un unique service accessible à la demande.

Parmi les services qui peuvent être intégrés à une offre de mobilité comme service, les transports en commun, qu’ils soient inter ou intra urbains, sont déjà très répandus et largement utilisés. Les vélos en libre-service sont aussi présents dans de nombreuses villes et pourraient encore gagner en popularité avec le développement des vélos électriques. Le covoiturage est une solution qui existe depuis longtemps pour les déplacements inter urbains, qui se développe aussi pour des déplacements quotidiens et qui permet d’optimiser l’utilisation des voitures tout en réduisant leur nombre en circulation. Enfin, la location de voitures, que ce soit entre particuliers ou auprès d’entreprises spécialisées, pour au plus quelques heures, se développe depuis quelques années.

La mobilité comme service peut-elle aussi être une solution en région?

La mobilité comme service est plus facile à mettre en place dans des zones denses où les distances sont plus faibles et où les services sont plus faciles à rentabiliser. Mais des solutions peuvent aussi se mettre en place dans des contextes moins denses, même si ceux-ci sont différents. Par exemple, différentes municipalités du Québec ont mis en place des taxi bus. C’est souvent un système semblable à un service de transport en commun, avec des lignes et des arrêts prédéfinis, mais qui est opéré sur réservation et par des taxis à des tarifs proches de ceux de transports en commun. Cela permet de ne pas avoir les dépenses importantes liées à l’achat d’un bus et à sa consommation et ainsi d’avoir un service qui est plus sur mesure. La ville de Québec a mis cela en place pour permettre aux personnes habitant en périphérie de la ville d’avoir accès au réseau de transport en commun et d’autres municipalités ont l’ensemble de leur réseau qui fonctionne de cette manière. Pour ce qui est de la mise en place de vélos en libre-service, cela peut aussi être compliqué dans des zones moins densément peuplées. Cependant il est possible de faciliter l’achat de vélos personnels, voire de vélos à assistance électrique, et ensuite de faciliter la complémentarité entre le vélo et les transports en commun, que ce soit en permettant de monter dans les bus avec son vélo, d’avoir des taxi bus avec porte vélos ou encore d’avoir des solutions pour sécuriser les vélos au niveau des arrêts de bus.

Qui peut participer à cette transformation?

Des alternatives à la voiture individuelle existent. Le défi est donc que ces alternatives se développent de manière à ce que l’ensemble de la population y ait accès et que ces alternatives répondent à l’ensemble des besoins de mobilité. Cela demande un engagement de la part des pouvoirs publics pour faciliter la mise en place, le développement ou le financement de ces alternatives. Ils peuvent favoriser les transports en commun en agrandissant les réseaux, en réduisant les coûts ou en leur permettant de se déplacer plus rapidement, par exemple avec des voies spécialisées. Ils peuvent favoriser le transport actif avec plus de pistes cyclables ou des zones piétonnes plus importantes. Ils peuvent encourager la location de voitures en réservant des places à ces véhicules et en réduisant les coûts de stationnement.

Cela demande aussi un effort d’adaptation de la part de la population qui doit accepter de repenser sa manière de se déplacer, revoir comment effectuer chacun de ses déplacements, se demander si une deuxième voiture familiale est réellement nécessaire ou non, etc. L’automobile est aujourd’hui un marqueur social important, c’est-à-dire un moyen de montrer sa réussite sociale. C’est une des raisons pour lesquelles les voitures sont de plus en plus grosses et que le nombre de SUV ou de pickups augmente sans que leur utilisation ne le justifie. Ce rapport à la voiture est donc un élément à déconstruire afin de transformer nos modes de déplacement.

Peut-on aussi réduire notre besoin de mobilité?

Enfin, il est intéressant de se demander s’il n’est pas possible de réduire les kilomètres parcourus. Par exemple, la crise de la covid-19 a obligé de nombreuses personnes à travailler depuis leur domicile et cela pourrait survivre, au moins en partie, à la fin de la crise sanitaire.

Il est aussi possible de repenser les besoins de mobilité de manière plus systémique en repensant l’aménagement du territoire. Depuis de nombreuses années, les personnes habitent de plus en plus en périphérie des centres urbains, augmentant ainsi les distances entre les lieux de résidence et les lieux de travail. Avoir des quartiers plus denses permettrait de limiter l’emprise au sol des logements, de réduire les kilomètres de route ou encore faciliterait la mise en place de services de mobilité partagée. L’organisation des commerces peut aussi être repensée. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de grands supermarchés qui se trouvent dans des zones commerciales qui sont plus éloignés que les épiceries de quartier des logements, obligeant les personnes à effectuer des kilomètres supplémentaires.

Alors, quand est-ce qu’on passe à la mobilité comme service?

Le système de mobilité actuel, majoritairement basé sur la possession de voitures individuelles montre de plus en plus de limites. La mobilité comme service est une alternative qui permettrait de répondre à ces limites. Pour que cela devienne une réelle alternative à la voiture individuelle, la mobilité comme service doit permettre de répondre à l’ensemble des besoins de mobilité pour qu’à aucun moment quelqu’un se retrouve avec le besoin de posséder une voiture. De nombreuses initiatives existent déjà, cependant celles-ci se développent souvent de manière indépendante et majoritairement en zones urbaines. Or la mobilité comme service peut devenir une option partout sur le territoire, aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale. Cependant, pour que cela devienne une réelle alternative, il faut un changement dans la façon de penser la mobilité et de l’organiser. Cela demande un travail, de la part des municipalités et des gouvernements pour repenser l’organisation des territoires ainsi que pour faciliter le développement et l’intégration de ces solutions. Mais cela demande aussi du travail de la part de la population pour accepter de revoir sa manière de se déplacer, de repenser le rôle de la voiture et considérer l’ensemble des conséquences de la mobilité.

1https://coutsdutilisation.caa.ca/fr
2https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/changements-climatiques/accord-paris.html